« Mille manuscrits du Fonds Luzzatto, trésor du judaïsme du XIXᵉ siècle, attendent depuis 1869 dans le silence des grandes bibliothèques. Nous les écoutons à nouveau. »
Le collectif GMPL — Gardiens de la Mémoire du Peuple du Livre — se consacre exclusivement à l'identification, l'étude et la mise en valeur des manuscrits du Fonds Samuel David Luzzatto. Notre mission s'inscrit dans l'élan d'émancipation lancé courageusement par Shadal au XIXᵉ siècle.
Tout commence par un courriel. Le 27 août 2025, Alfred « Fred » Enkaoua écrit à Didier Nebot pour lui transmettre le fil généalogique de la famille Aln'kaoua — une mémoire familiale recomposée patiemment, qui remonte au Rab Ephraïm Aln'kaoua (1359-1442), figure tutélaire du judaïsme nord-africain, fondateur de la communauté de Tlemcen après l'exil d'Espagne.
Dans ce message, Alfred raconte comment la descendance du Rab s'est en réalité poursuivie à Alger — par ses deux fils Israël et Yehuda, alliés respectivement aux familles du RIBASH (Isaac bar Sheshet Barfat) et du RACHBATS (Simon Bar Semah Duran), trois sommités venues d'Espagne et des Baléares qui ont façonné le judaïsme du Maghreb dès la fin du XIVᵉ siècle. Il évoque la dispersion des Enkaoua à la fin du XVIIᵉ siècle — Maroc, Oran, Miliana, jusqu'en Israël et en Turquie — puis le retour à Tlemcen en 1850 d'Abraham Enkaoua, Grand Rabbin Dayan de Mascara, venu constater la décrépitude de la communauté juive de la ville.
Mais ce qui frappe Didier Nebot dans cette lettre, c'est surtout le récit de la transmission des manuscrits du Rab Ephraïm : conservés et recopiés de père en fils depuis le XVᵉ siècle, déposés à la Bodleian Library d'Oxford dans les années 1860, et le voyage entrepris en 1895 par Shemouel Sultan pour aller les retranscrire. Une mémoire vive, transmise oralement à travers les générations, soudain documentée — et soudain rattachée à un fonds prestigieux : le Fonds Samuel David Luzzatto.
« Ces manuscrits ne sont pas perdus. Ils dorment quelque part. Quelqu'un doit aller les chercher. »
De cette intuition naît, quelques mois plus tard, le projet du Manuscrit sacré — le livre de Didier Nebot publié début 2026 — puis, dans le sillage immédiat de sa parution, la réunion fondatrice du 5 février 2026 qui donne naissance au collectif GMPL. Le mail d'Alfred Enkaoua n'est pas qu'un point de départ : il est le récit fondateur, le germe à partir duquel tout s'est articulé. Cinq groupes opérationnels et une charte — tout s'est édifié sur cette première étincelle.
Aujourd'hui, le travail philologique du collectif affine, élargit et parfois interroge le récit familial — mais c'est bien à cette lettre du 27 août 2025, à ce geste d'un descendant qui transmet à un écrivain l'histoire de ses pères, que le GMPL doit son existence.
Rester sur l'objectif de départ, sans le diluer : s'occuper uniquement des manuscrits du Fonds Luzzatto, et faire revivre le travail interrompu après la mort du grand homme.
Recenser un à un les ~1 000 manuscrits du Fonds Luzzatto — déposés à la Bodleian d'Oxford, à l'Alliance, à la BNF et dans une dizaine d'autres institutions à travers le monde. 77 manuscrits sont déjà identifiés à la Bodleian. Établir un catalogue unifié.
Plusieurs milliers de lettres conservées témoignent qu'il était une autorité intellectuelle internationale. Les recenser, les traduire — un judaïsme nouveau et moderne, comparable au mouvement Massorti d'aujourd'hui.
Une traduction IA page par page pour le sens général — relativement rapide à produire. Et, en parallèle, une traduction fine et précise par des spécialistes de l'hébreu ancien.
Au-delà du nom retrouvé de l'auteur, raconter l'histoire de la communauté juive en question, dans ce XIXᵉ siècle tourmenté et troublé. Chaque manuscrit est une voix qu'il faut replacer dans son monde.
Continuer à répertorier ces manuscrits avec la Bodleian Library d'Oxford, l'Alliance Israélite Universelle, la BNF et les autres institutions qui en sont aujourd'hui les gardiennes.
Figure majeure du judaïsme européen du XIXᵉ siècle — professeur au Collegio Rabbinico de Padoue, premier séminaire rabbinique moderne d'Europe.
Son œuvre était immense, et il était profondément respecté par tous les rabbins d'Europe qui lui envoyaient leurs manuscrits pour qu'il les étudie, les analyse, ou simplement les garde en sécurité. Sa correspondance forme aujourd'hui plusieurs volumes de lettres conservées : preuve qu'il était une autorité intellectuelle internationale.
En 1869, son fils Isaïa déposa une partie des manuscrits à la Bibliothèque Bodleian d'Oxford et confia les écrits propres de son père à l'Alliance Israélite Universelle, à Paris. D'autres furent dispersés dans une douzaine d'institutions. Le travail d'étude entrepris par Shadal s'est arrêté avec lui. Cent soixante ans plus tard, le GMPL a décidé de reprendre cette conversation interrompue.
À l'automne de sa vie, un homme regarde les traces de pas qu'il a laissées derrière lui : il y a les siennes et celles de Dieu. Mais dans les moments difficiles, il n'y a qu'une seule trace de pas. Alors il interpelle le Ciel :
« Pourquoi, Seigneur, m'as-tu abandonné quand j'étais dans la peine ? »
Et Dieu lui répond :
« Quand tu étais dans la peine, je te portais. »
Docteur Didier Nebot extrait du Manuscrit Sacré
L'objet central du collectif. Bibliothèque personnelle de Samuel David Luzzatto (Shadal, 1800-1865), héritée par son fils Joseph qui en publie le catalogue en 1868, puis vendue par son frère Isaia à la Bodleian Library en 1869-70. La page de titre originale du catalogue de vente — conservée à la Bodleian — est reproduite ci-dessous.
Joseph Luzzatto rappelle d'emblée l'attention des bibliophiles sur les 12 numéros qu'il considère les plus précieux de la collection — la liste figure littéralement en première page du catalogue.
Recoupement direct avec nos travaux : le Mahzor d'Oran (n° 53) figure parmi les douze pièces signalées par Joseph Luzzatto lui-même. Le catalogue détaille un manuscrit en 5 volumes copié à Oran (Algérie), contenant des poésies que Shadal jugeait « devancer en beauté celles des autres rites » — voir sa lettre publiée dans le Kerem Chemed IV, pp. 23-41. Cette pièce emblématique a été acquise par la Bodleian.
Le catalogue de 1868 inventorie l'intégralité de la bibliothèque hébraïque et orientale de Shadal en quatre sections clairement séparées : les manuscrits hébreux, les imprimés hébreux antérieurs et postérieurs à 1600, et les ouvrages occidentaux sur des sujets juifs et orientaux. Au total, près de 1 880 entrées catalographiques sur 64 pages d'inventaire.
Section I du catalogue (nos 1 à 121). Inventaire des manuscrits hébreux originaux conservés par Shadal. Le dépouillement révèle un fonds essentiellement liturgico-poétique et exégétique, à dominante italienne et sépharade, avec une présence remarquable mais limitée du Maghreb. Les chiffres qui suivent sont des estimations approximatives — un même manuscrit pouvant relever de plusieurs catégories.
Les 121 manuscrits proviennent de toute la diaspora juive. La répartition reflète les axes intellectuels de Shadal : son ancrage padouan (l'Italie domine massivement), son intérêt pour les rites andalou et sépharade, et — fait remarquable mais limité — sa curiosité documentée pour les rites maghrébins.
Six fiches détaillées sur les manuscrits les plus exceptionnels de la section I. Pour chaque pièce, indications bibliographiques tirées de l'inventaire 1868 et notes manuscrites de Joseph Luzzatto en marge.
Le catalogue de 1868 documente une bibliothèque de ~ 1 877 entrées couvrant cinq siècles de littérature hébraïque et orientale, répartie en quatre sections : 121 manuscrits originaux, 272 imprimés hébreux antérieurs à 1600 (dont 26 incunables), 869 imprimés postérieurs à 1600, et 615 ouvrages occidentaux sur des sujets juifs et orientaux.
Les 121 manuscrits forment un fonds essentiellement liturgico-poétique et exégétique : Maḥzorim et Sidourim de tous les rites, grands Divans andalous (Yehouda Halevi, Moshé ibn Ezra, frères Francès), commentaires bibliques (Rashi, Ibn Ezra, Radak, Ramban), traités de grammaire, de philosophie et de kabbale.
La répartition géographique est dominée par l'Italie (~55 %), suivie du monde sépharade (~15 %) et ashkenaze (~10 %). Le Maghreb est représenté mais dans un rôle strictement liturgique : les seules pièces nord-africaines du fonds sont les trois Maḥzorim de Fez, Tetouan et Oran. Les pièces remarquables — celles que Joseph Luzzatto signalait aux bibliophiles dès la première page — confirment ce profil intellectuel : un catalogue à l'image de Shadal lui-même, philologue padouan tourné vers la poésie andalouse et la grammaire hébraïque.
Le dépouillement révèle un fait que le collectif n'avait pas anticipé. Sur les ~ 1 877 entrées du catalogue, aucune ne mentionne la famille Encaoua — ni sous l'orthographe Aln'kaoua, ni Ankaoua, ni Encaoua. Aucune œuvre du Rab Ephraïm de Tlemcen, aucune œuvre de son fils Israël (auteur du Menorat ha-Maor) n'apparaît à l'inventaire.
Ce constat contredit directement le récit fondateur du courriel d'Alfred Enkaoua à Didier Nebot du 27 août 2025 — message qui a initié le projet GMPL — selon lequel les manuscrits Encaoua de la Bodleian auraient transité par la bibliothèque de Shadal puis seraient parvenus à Oxford via la vente Isaia Luzzatto de 1869.
Le canal Luzzatto, par lequel les manuscrits du Rab seraient passés de Tlemcen à Padoue puis à Oxford, n'est pas confirmé par cette source primaire.
Les hypothèses se déplacent désormais vers les collections Oppenheimer (Prague, 1829) et Huntington (Alep, 1693), où trois manuscrits Encaoua sont effectivement identifiés au catalogue Neubauer — voir Avancée du Collectif, Partie III.
Le fait nouveau ne disqualifie pas le message fondateur d'Alfred Enkaoua : il appelle au contraire un travail d'élucidation. Plusieurs pistes peuvent expliquer ce que rapportait Alfred — et certaines pourraient même se confirmer en parallèle de la nouvelle voie Oppenheimer/Huntington. Six hypothèses méritent d'être explorées par le collectif.
La Bodleian Library d'Oxford est la principale concentration mondiale de manuscrits du Fonds Luzzatto — mais aussi le point d'arrivée de plusieurs autres grandes collections juives privées entrées avant Luzzatto (Huntington 1693, Oppenheim 1829, Reggio 1853). Cette rubrique consolide quatre volets : (1) l'anatomie du Catalogue Neubauer 1886, (2) les quatre grandes collections d'acquisition, (3) la synthèse « Aln'kaoua à Oxford par trois canaux », (4) les travaux et protocoles du Groupe Oxford.
Oxford, Clarendon Press, MDCCCLXXXVI (1886) — la première page utile du volume 1.
« Catalogi codd. mss. Bibliothecae Bodleianae Pars XII — Catalogue of the Hebrew Manuscripts in the Bodleian Library and in the College Libraries of Oxford, including MSS. in other languages, which are written with Hebrew characters, or relating to the Hebrew language or literature; and a few Samaritan MSS. — Compiled by A. D. Neubauer, M. A., Exeter College, Oxford. With forty facsimiles. »
Comme nous l'avons fait pour le Catalogue Luzzatto 1868, voici une analyse structurée du Catalogue Neubauer (Oxford, Clarendon Press, 1886) — l'outil principal du Groupe Oxford pour reconstituer la liste des cotes Luzzatto à la Bodleian. Quatre angles complémentaires : son architecture matérielle, ses champs de description, les collections d'acquisition qu'il décrit, et les pièces qui intéressent directement nos travaux.
Le volume 1 du Neubauer (1886) est un in-quarto de l'Oxford Clarendon Press, organisé en quatre grands ensembles : préliminaires, le catalogue proprement dit (numéros 1 à 2 602), les index multiples permettant l'interrogation transversale, et 40 planches de fac-similés paléographiques. Le volume 2, achevé par Arthur E. Cowley en 1906, ajoute les acquisitions postérieures à 1886 (cotes MSS. Heb.) — c'est dans ce volume que figureront les manuscrits issus de la vente Isaia Luzzatto de 1869-1870.
La force du Neubauer pour le Groupe Oxford réside dans la systématicité des champs renseignés pour chaque notice. Une notice type comporte six éléments d'information, dont la combinaison permet de reconstituer la trajectoire d'un manuscrit depuis son lieu de copie jusqu'à son entrée à la Bodleian. C'est en croisant ces champs avec les index que l'on identifie les pièces issues de la collection Luzzatto.
La Bodleian est une accumulation de collections privées rachetées au fil des siècles. Neubauer organise sa préface autour de ces grandes acquisitions, et c'est par leur identification que l'on remonte aux canaux d'entrée des pièces du Fonds Luzzatto. Les sept collections suivantes regroupent l'essentiel des manuscrits hébreux décrits dans le volume 1.
Quatre fiches détaillées sur les manuscrits du Neubauer 1886 directement liés à la lignée Aln'kaoua et à Shadal. Pour chaque pièce, le numéro Neubauer, la cote Bodleian actuelle, et les apports clés tirés de la notice et confirmés par les rapports de Frédéric Ankaoua et de Yves Bentura présentés dans la rubrique La lignée Aln'kaoua.
Recherche plein texte sur les chaînes « Luzzatto », « S. D. Luzzatto », « from Luzzatto », « Reggio », « Almanzi », « Hayyun », « al-Naqawa » dans le PDF du catalogue (accessible en libre téléchargement sur Internet Archive) ; recoupement avec l'Index of Owners et le Tableau VIII p. xxxii ; vérification dans le catalogue dédié hebrew.bodleian.ox.ac.uk qui donne la fiche descriptive de chaque manuscrit avec sa provenance d'acquisition. Estimation pour le volume 1 seul : 15-25 h de travail systématique pour identifier nominativement les ~19 cotes Luzzatto via Neubauer.
Le nom « Luzzatto » apparaît dans le catalogue Bodleian dans des rôles différents qu'il faut bien distinguer. Une notice peut combiner deux ou trois de ces rôles. Et pour comprendre comment ces manuscrits sont arrivés à Oxford, il faut savoir qu'ils n'ont pas suivi un seul chemin.
Compilé par Adolf Neubauer, ce premier volume couvre tous les manuscrits hébreux acquis par la Bodleian jusqu'en 1886. Il décrit les pièces entrées par les deux canaux Luzzatto : la collection Reggio (achat 1853) et la vente Isaia Luzzatto (1869–1870, à la suite de la mort de Shadal en 1865).
Achevé par Arthur Ernest Cowley après que Neubauer eut perdu la vue, ce second volume couvre les manuscrits acquis entre 1886 et 1906. Il porte principalement sur les fragments découverts dans la Geniza de l'ancienne synagogue Ben-Ezra du Caire, achetés à partir de 1890 par l'intermédiaire du révérend Greville John Chester et du comte d'Hulst.
Le Catalogue de Neubauer dit ce qui est arrivé à la Bodleian. Mais pour reconstituer le Fonds Luzzatto dans son intégralité, il faut aussi regarder dans l'autre sens : partir des catalogues rédigés à Padoue par Shadal et son cercle, juste avant la dispersion, et suivre où chaque pièce a abouti. Deux catalogues, en français, publiés dans les années 1860, sont la clé de cette approche inversée.
Partir des catalogues d'institutions (Neubauer Bodleian, Margoliouth British Library…) et chercher les pièces marquées « provenance Luzzatto » dedans. Limite : on ne trouve que ce qui a été correctement indexé par les catalogueurs, et on ne sait pas ce qui s'est perdu en route.
Partir de l'inventaire pré-vente rédigé par Shadal et son fils à Padoue, et suivre chaque numéro jusqu'à sa destination actuelle. Avantage : on identifie aussi les pièces qui ont disparu de la trace publique.
Ce catalogue est l'inventaire descriptif de la bibliothèque que Shadal a possédée à sa mort, dressé par son fils Joseph (à distinguer d'Isaia, l'autre fils, qui sera le vendeur en 1869). Publié à Padoue en janvier 1868, c'est-à-dire juste avant la dispersion, c'est la source primaire absolue pour reconstituer le fonds : tout ce qui a été vendu en 1869 à la Bodleian, à l'AIU et ailleurs y figure, dans son état originel à Padoue. Croiser chaque numéro de ce catalogue avec sa cote actuelle (Bodleian, AIU, JTS, etc.) permet de tracer la dispersion pièce par pièce.
Joseph Almanzi (1801-1860), riche bibliophile padouan, ami de toute une vie de Shadal, a rassemblé une des plus importantes bibliothèques hébraïques privées du XIXe siècle (incluant l'ancienne bibliothèque du Hida, R. Hayyim Yosef David Azulai). À sa mort, sa famille a confié à Shadal la rédaction du catalogue. Son intérêt pour le GMPL est double : (1) Almanzi et Shadal échangeaient des manuscrits ; (2) en 1865, le British Museum a acquis 332 manuscrits de cette collection — c'est l'origine de la présence Luzzatto/Almanzi à la British Library.
Un cadre de dépouillement structuré a été préparé pour accueillir la saisie systématique des deux catalogues. Il est livré sous forme de classeur Excel à quatre feuilles, prêt à recevoir les données pièce par pièce. Le travail effectif de saisie pourra commencer dès que les PDFs des deux catalogues auront été téléchargés depuis Google Books — ces fichiers étant bloqués au téléchargement automatisé pour des raisons techniques (robots.txt et restrictions du proxy).
Quatre feuilles : Présentation (mode d'emploi, comparatif des deux catalogues, codes de statut), Cat. Luzzatto 1868 (50 lignes vides à 19 colonnes : numéro, page, titre français/translit., titre hébreu, auteur, lieu, date, format, type, notes, et 6 colonnes de croisement institutionnel — Bodleian, BL, AIU, JTS, Columbia, Parma), Cat. Almanzi 1864 (même structure, pré-remplie avec les 9 sections repérées dans le sommaire Google Books et 10 indices de contenu identifiés), Synthèse (compteurs automatiques par catégorie : ✓ identifiés / ? à identifier / ✗ perdus).
77 manuscrits avec provenance Luzzatto comptés par le Groupe Oxford. 29 sont déjà localisés par leur cote Bodleian : 19 via le canal Isaia 1869 (Neubauer 1886) et 10 via le canal Reggio 1853.
Constat majeur : les manuscrits Aln'kaoua de la Bodleian sont arrivés à Oxford bien avant la vente Luzzatto de 1869-70, par deux canaux indépendants (Huntington 1693 et Oppenheim 1829). À ce jour, aucun manuscrit Aln'kaoua n'a été identifié dans le Fonds Luzzatto.
| Cote actuelle | Auteur | Œuvre | Canal d'acquisition |
|---|---|---|---|
| MS. Hunt. 161 | Israël ben Joseph Aln'kaoua (père, martyr d'Écija 1391) | Menorat ha-Ma'or (manuscrit unique au monde) | Huntington · 1693 |
| MS. Hunt. 559 (= Neubauer 1258, item 2) | Ephraïm Aln'kaoua (fils, fondateur de Tlemcen) | Sha'ar Kevod Adonai | Huntington · 1693 |
| MS. Opp. 146 (= Neubauer 1312) | Israël ben Joseph Aln'kaoua | Menorat ha-Ma'or (copie 1441) | Oppenheim · 1829 |
| MS. Opp. 241 (= Neubauer 939, item 2) | Ephraïm Aln'kaoua | Sha'ar Kevod Elohim (autre copie) | Oppenheim · 1829 |
| aucune cote identifiée | — | canal Luzzatto | Luzzatto · 1869-70 · question ouverte |
19 manuscrits sont à ce jour formellement localisés dans le volume 1 de Neubauer, avec leur numéro de catalogue et leur source précise. Ce sont les premières cotes vérifiables du Fonds Luzzatto à la Bodleian — chacune peut être consultée individuellement et photographiée.
| Neubauer | N° Cat. Luzzatto | Source dans Neubauer 1886 | Note |
|---|---|---|---|
| 1082 | — | Index of Owners (p. 1087) | S. D. Luzzatto cité comme propriétaire |
| 1089 | 53 vol. 4 | Tableau VIII, p. xxxii | Acheté sur catalogue de vente Luzzatto |
| 1144 | 5 | Tableau VIII, p. xxxii | Acheté sur catalogue de vente Luzzatto |
| 1163 | 53 vol. 5 | Tableau VIII, p. xxxii | Acheté sur catalogue de vente Luzzatto |
| 1168 | 13 | Tableau VIII, p. xxxii | Acheté sur catalogue de vente Luzzatto |
| 1186 | 52 | Tableau VIII, p. xxxii | Acheté sur catalogue de vente Luzzatto |
| 1190 | 53 vol. 3 | Tableau VIII, p. xxxii | Acheté sur catalogue de vente Luzzatto |
| 1191 | 53 vol. 2 | Tableau VIII, p. xxxii | Acheté sur catalogue de vente Luzzatto |
| 1457 | 89 | Tableau VIII, p. xxxii | Acheté sur catalogue de vente Luzzatto |
| 1531 | — | Notice (corps catalogue) | « Copié pour S. D. Luzzatto par Jacob Levi de Turin, 1845 » — cote Opp. Add. 4to, 89 |
| 1532 | 31 | Tableau VIII + Index of Owners | Achat ; Luzzatto cité comme propriétaire |
| 1971 | 54 | Tableau VIII + Index of Authors | Notes manuscrites de S. D. Luzzatto |
| 1972 | 98 | Tableau VIII + Index of Authors | Notes manuscrites de S. D. Luzzatto |
| 1987 | 53 vol. 1 | Tableau VIII, p. xxxii | Acheté sur catalogue de vente Luzzatto |
| 1990 | 93 ? | Tableau VIII, p. xxxii | Achat (avec interrogation Neubauer sur le n° de catalogue) |
| 1991 | 116 ? | Tab. VIII + Index Authors + Notice | Notes autographes de Luzzatto — cote Opp. Add. 4to, 92 |
| 2177 | 3 | Tableau VIII, p. xxxii | Acheté sur catalogue de vente Luzzatto |
| 2178 | 27 | Tableau VIII, p. xxxii | Acheté sur catalogue de vente Luzzatto |
| 2398 | — | Index of Authors (entrée 2398, 3) | Notes manuscrites de S. D. Luzzatto |
Le « Tableau VIII » est un inventaire publié par Neubauer en page xxxii de son catalogue : il liste 16 manuscrits achetés en 1869 sur le catalogue de vente imprimé de la bibliothèque Luzzatto. Les autres entrées (1082, 2398, 1531) proviennent des index thématiques ou du corps des notices.
Avant la vente Isaia Luzzatto de 1869, la Bodleian avait déjà acquis en 1853 la bibliothèque d'Isaac Samuel Reggio (1784–1855), correspondant et collaborateur de Shadal à Padoue. Bien que ce ne soit pas stricto sensu une provenance Luzzatto, cette collection contient une concentration unique de pièces liées au cercle padouan : autographes du Ramhal (Moshe Hayyim Luzzatto), copies anciennes de ses œuvres kabbalistiques, et pièces transmises par Shadal à Reggio par échange ou don. 10 cotes avec lien Luzzatto direct ou indirect ont été identifiées dans cette collection.
| Cote Bodleian | Neubauer 1886 | Auteur / contenu | Lien Luzzatto |
|---|---|---|---|
| MS. Reggio 3 | n° 679 | — | Reggio coll. 1853 |
| MS. Reggio 11 | n° 1306 | Jagel, Avicenne, Levi b. Gershom | Étude Benayahu : matière kabbalistique du Ramhal |
| MS. Reggio 13 | n° 2028 | — | Reggio coll. 1853 |
| MS. Reggio 19 | n° 1994 | — | Reggio coll. 1853 |
| MS. Reggio 25 | n° 1557 | — | Reggio coll. 1853 |
| MS. Reggio 31 | n° 1901 | Ramhal, Tikkunim ḥadashim | Autographe du Ramhal (fol. 123, 1734) ; copie Jacob Shalom, Padoue ca. 1730 |
| MS. Reggio 46 | n° 2021 | — | Reggio coll. 1853 |
| MS. Reggio 51 | n° 2250 | Sefer Yetsirah ; sermons Naḥmanide ; Maïmonide | Copié par Yehoshuaʿ Heshel Shor |
| MS. Reggio 52 | n° 2307 | Ramhal : Shir la-ḥatunat Yitsḥaḳ ben Shabtai Marini, comm. de Rosh ha-Shanah, etc. | Recueil entièrement luzzattien, Padoue ca. 1725 |
| MS. Reggio 63 | n° 1081 | Por Nahem, étude Mitzvot Zemaniyot | Reggio coll. 1853 |
La collection Reggio compte une soixantaine de cotes au total. Seules 10 sont confirmées ici. Un dépouillement systématique du catalogue en ligne hebrew.bodleian.ox.ac.uk permettrait d'établir l'inventaire complet et de croiser chaque cote avec le Supplément Beit-Arié & May (1994).
Acquis vers 1834 par Shadal puis vendu à la Bodleian en 1869 par Isaia Luzzatto, le Maḥzor d'Oran est la pièce documentée la plus emblématique du canal B. Il s'agit d'un ensemble compilé au XVIIe siècle à Oran (autour de la famille Cansino), achevé après l'expulsion de 1669 — donc un témoin direct de l'identité et de la liturgie de la communauté juive d'Oran à un moment-pivot de son histoire.
| Cote Bodleian | Volume | Provenance |
|---|---|---|
| MS. Opp. Add. 4° 84 | Vol. I | Shadal (acq. ca. 1834) → Isaia → Bodleian 1869 |
| MS. Opp. Add. 4° 85 | Vol. II (contient un long ensemble en judéo-arabe) | idem |
| MS. Opp. Add. 4° 86 | Vol. III | idem |
| MS. Opp. Add. 4° 87 | Vol. IV | idem |
| MS. Opp. Add. 4° 88 | Vol. V | idem |
Le Mahzor d'Oran est traité plus en détail dans la rubrique « Groupe Luzzatto » (sections sur le contenu liturgique, paléographique et historique). Les cinq cotes sont consultables individuellement sur Digital Bodleian.
Le dépouillement combiné — Catalogue de Neubauer (deux volumes) + recherches au catalogue en ligne hebrew.bodleian.ox.ac.uk — permet d'établir le bilan suivant pour le Fonds Luzzatto à la Bodleian :
Total des cotes formellement identifiées : 29. Pour atteindre les 77 du décompte du Groupe Oxford, il reste à explorer : (1) les ~50 autres cotes MS. Reggio non encore parcourues ; (2) d'autres pièces de la vente Isaia 1869 entrées dans MS. Opp. Add. 4° au-delà du Maḥzor d'Oran ; (3) d'éventuelles pièces dans MSS. Heb. ; (4) les Library Records internes de la Bodleian (registres d'acquisition de 1869–1870) — à demander auprès de César Merchan-Hamann ; (5) le Supplément Beit-Arié & May (1994), à consulter à la BnF Richelieu, à l'Alliance, ou en Italie.
Le groupe de travail consacré à la lignée Aln'kaoua / Al-Naqawa : reconstituer la chaîne familiale qui relie le Rab Ephraïm Aln'kaoua de Tlemcen (1359-1442) aux descendants contemporains, identifier les manuscrits qui leur sont attribués à la Bodleian Library d'Oxford, et croiser la mémoire orale familiale avec le travail philologique des sources publiques.
Le Groupe Al'Nkawa s'inscrit dans la mission générale du collectif, mais se concentre exclusivement sur la lignée Aln'kaoua de Tlemcen et ses ramifications.
« Les Encaoua — Une Dynastie Spirituelle. Histoire d'une famille qui traversa l'Espagne médiévale, le Maghreb colonial et la diaspora contemporaine. »
Plateforme construite dans le cadre du Groupe Al'Nkawa pour rassembler en un même lieu la mémoire familiale, la recherche historique et les sources documentaires concernant la lignée Encaoua / Aln'kaoua. Le site articule un récit chronologique en 29 chapitres, un arbre généalogique numérique, des transcriptions de sources rabbiniques, et un espace participatif ouvert aux descendants.
« David Oppenheim, les manuscrits Al-Naqawa et leurs trajectoires possibles jusqu'à Oxford » — étude rédigée par Frédéric Ankaoua, qui établit pour la première fois de manière systématique le rapprochement entre la mémoire familiale et les notices bodléiennes des trois manuscrits attestés.
Hypothèses argumentées à partir des notices bodléiennes (KTIV, Neubauer) et de l'histoire des bibliothèques Oppenheim et Huntington.
Le passage de l'hypothèse à la preuve passera par un déplacement à Oxford pour examiner les manuscrits eux-mêmes et par le dépouillement des archives d'achat, de catalogage et de correspondance d'Oppenheim, de Nicoll et de Huntington.
« Rapport d'étude du manuscrit Sha'ar Kevod Hashem du Rab de Tlemcen Ephraïm Al-Nakawah — Analyse de la transmission d'un manuscrit philosophique nord-africain (XIVᵉ–XXᵉ siècle) » — étude documentaire d'avril 2026, conduite avec un protocole strict de rigueur (sources distinguées, hypothèses signalées comme telles, lacunes explicitées).
Trois témoins établis dans les grandes collections publiques + un quatrième hypothétique (« manuscrit de Shadal »).
Aucune édition imprimée antérieure à 1902 n'est attestée. Bentura clarifie au passage la confusion fréquente avec le Zevahim Shelamim publié par A. Enkaoua à Livourne en 1858.
L'édition princeps est due au rabbin Hayim Bliah (Tlemcen 1832 — 1919), dayan de Tlemcen, sous l'impulsion de Shalom Bekache (1848-1927), figure de la Haskalah maghrébine. Bliah l'enrichit d'une introduction et d'un commentaire intitulés Petah ha-Sha'ar (« L'Ouverture de la porte »).
Le mécanisme exact de l'obtention du manuscrit, restitué par la réédition jérusalémite de 1986 :
« Rabbi Hayim Bliah envoya ses chers disciples R. Abraham ben Samon et R. Samuel Tsoultan consulter le grand chercheur Rabbi Shlomo Buber, qui connaissait les trésors de nombreuses bibliothèques dans le monde, pour qu'il leur indique si un manuscrit du Sha'ar Kevod Hashem du Rav al-Naqawa existait. La réponse fut que le Sha'ar Kevod Hashem se trouvait à la bibliothèque de la ville d'Oxford. Rabbi Hayim Bliah envoya [des gens] au responsable des livres là-bas, et il en fit faire une copie photographique, car il n'était pas possible de la copier à la main. »
L'intermédiaire est donc Shlomo Buber (Salomon Buber, 1827-1906, grand bibliographe hébraïque de Galicie, grand-père du philosophe Martin Buber).
Argument logique de Bentura : si Bliah avait su qu'un exemplaire existait à Padoue chez Shadal — collection de notoriété publique dans le monde érudit — l'édition de 1902 n'aurait pas eu besoin de passer par Buber. C'est un indice que le manuscrit « de Shadal » (s'il existe) n'était plus repérable en 1900 dans les circuits savants standards.
Né à Salé, son père Mordecai était président de la communauté. Dayyan à Salé, puis collecteur infatigable des décisions et manuscrits inédits des rabbins castillans et nord-africains au cours de ses voyages au Maghreb. Selon Jessica Marglin (Academia.edu, 2015) — référence académique la plus rigoureuse à ce jour — Ankawa est une figure transimpériale dont les réseaux s'étendent du Maroc à l'Algérie, à Jérusalem, à Livourne et à la France.
Hypothèse à investiguer : Ankawa a pu servir d'intermédiaire pour la transmission de manuscrits maghrébins (dont le Sha'ar Kevod Hashem) vers les milieux savants italiens (Shadal, Almanzi à Padoue). Aucune source consultée n'atteste explicitement cette transmission, mais la fenêtre temporelle, la géographie et les intérêts d'Ankawa rendent l'hypothèse plausible. Vérification en cours dans les Igrot Shadal, vol. 8-9 (Kraków 1893-1894), lettres ~284-299.
État de la question : Jessica Marglin (USC, 2015, Mediterranean Modernity through Jewish Eyes: The Transimperial Life of Abraham Ankawa) documente abondamment le nœud italien d'Ankawa — mais uniquement à Livourne (via le rabbin-imprimeur Elijah Benamozegh). Aucune mention de Padoue, Shadal, Almanzi ou Reggio dans Marglin. Soit le lien Ankawa-Padoue existe et n'a pas été repéré, soit il passe par une chaîne indirecte (Livourne → Padoue, transport intra-italien intense au XIXe).
Cible précise : lettres ~284-299 — fenêtre temporelle 1860-1865 (correspondance maghrébine tardive de Shadal). Édition complète : 9 vols, ~700 lettres. Vols 1-5 publiés à Przemyśl 1882 par Eisig Graber (préface David Kaufmann) ; vols 6-9 publiés à Kraków par Y. Fisher.
Accès : notice WorldCat OCLC 19178852. Aucun PDF gratuit identifié à ce jour pour vol. 8-9. Pistes : (a) consultation à la BnF, JNUL Jérusalem ou Bibliothèque Bodleian ; (b) demande de scan à la Magnes Collection (Berkeley), qui détient 650 lettres autographes de Shadal et peut compléter l'édition imprimée.
Œuvre majeure d'Abraham Ankawa en deux volumes. Titre complet : Kerem hemer: Takanot hakhmei Kastilyah ve-Tulitulah. Vol. 1 : responsa selon les 4 parties du Shulhan Arukh, première publication de teshuvot de rabbins marocains. Vol. 2 : Sefer ha-Takkanot (statuts des communautés castillanes de Fès depuis 1492) + Et Sofer (documents juridiques).
Accès : Vol. 2 numérisé en libre accès sur HebrewBooks.org : hebrewbooks.org/1019. À dépouiller : les haskamot (approbations rabbiniques) en tête de chaque volume — Ankawa y cite ses correspondants italiens. Toute mention de rabbin padouan, de Shadal ou d'Almanzi serait décisive.
La période active d'Ankawa (1830-1890) précède la création de l'AIU au Maroc. Les archives consistoriales stricto sensu n'existent qu'en France (Consistoire Central, Paris) et en Algérie. Marglin a exploité avec succès les Archives du Consistoire Central (Paris) — correspondance d'Ankawa avec Paris autour de sa nomination de rabbin indigène à Mascara en 1859.
Comme pour le document de Frédéric Ankaoua, la suite passe par les bibliothèques elles-mêmes : préfaces des éditions originales, archives administratives (CHAN F/19/111152/6, Consistoire ICC 40 Oran), Magnes Collection à Berkeley (650 lettres autographes de Shadal), Fondo Luzzatto (BNEI Rome).
Abraham Saba (1440-1508), kabbaliste castillan rescapé du Portugal, a-t-il croisé la lignée Aln'kaoua ? Non en Castille — mais presque certainement à Tlemcen, dans la dernière décennie de sa vie. Une convergence de trois lignées séfarades persécutées en un même point géographique.
Abraham ben Jacob Saba (1440-1508), selon la monographie de référence d'Abraham Gross Iberian Jewry from Twilight to Dawn: The World of Rabbi Abraham Saba (Brill, 1995), est né à Zamora, en Castille, où il a été prédicateur et disciple de Rabbi Isaac de Leon avant l'expulsion de 1492.
Les Aln'kaoua de Castille avaient quitté la péninsule un demi-siècle avant la naissance de Saba. Le tournant est le pogrom de Tolède du 5 août 1391 : Israël ben Joseph Aln'kaoua y est tué sur le bûcher avec le Grand Rabbin Juda ben Asher. Son fils Ephraïm s'enfuit la même année à Tlemcen, où il meurt en 1442.
« In the fifteenth century the Alnaquas settled in northern Africa, where they became the leaders of the communities. »
— Jewish Encyclopedia (1906), article « Alnaqua »
Dès la génération antérieure à Saba, la lignée Aln'kaoua avait basculé tout entière vers le Maghreb. Quand Saba prêchait à Zamora dans les années 1470-1490, il n'y avait plus, à proprement parler, d'Aln'kaoua « de Castille » à rencontrer — la famille était à Tlemcen, Oran, Mostaganem.
Le parcours de Saba après l'évasion de Lisbonne (été 1498) le mène d'abord à Fès, puis — et c'est documenté par l'un de ses propres écrits — à Tlemcen, où il rédige son Perush Eser Sefirot (Commentaire sur les Dix Sefirot), traité kabbalistique resté manuscrit.
Or à Tlemcen, dans les années 1500, l'autorité rabbinique et communautaire repose précisément sur la dynastie Aln'kaoua, troisième ou quatrième génération depuis Ephraïm (m. 1442) :
Les œuvres de Saba ne furent pas « brûlées » au sens strict. Triple sort : (a) sa grande bibliothèque personnelle fut pillée à Porto en 1497 lors du décret de conversion forcée ; (b) ses manuscrits autographes — six œuvres en cours — furent enterrés sous un olivier près de Lisbonne (l'« arbre des larmes »), puis perdus quand il fut arrêté en tentant de les exhumer ; (c) il réécrivit de mémoire à Fès le Tzeror ha-Mor (édité à Venise par Daniel Bomberg en 1522) et l'Eshkol ha-Kofer. Les exemplaires brûlés au sens propre — sur ordre de Manuel Ier — concernent l'ensemble du patrimoine livresque juif portugais après le décret de 1496, pas spécifiquement la bibliothèque de Saba.
Saba mourut en 1508 (le 9 tichri 5269) sur un bateau entre Adrianople (Edirne) et l'Italie ; il est enterré au cimetière juif de Vérone. Ses derniers déplacements le mènent donc de Tlemcen vers l'Empire ottoman, en passant par l'Italie.
Saba fut le beau-père de Joseph Karo (1488-1575, auteur du Choulhan Aroukh) par le premier mariage de celui-ci avec la fille d'Isaac Saba — un fils ou un frère cadet d'Abraham. La lignée Saba s'est donc inscrite dans la généalogie halakhique la plus prestigieuse de la diaspora séfarade ottomane.
Une seule petite ville algérienne, Tlemcen, est à la fois :
Trois lignées séfarades persécutées — Aln'kaoua après 1391, Saba après 1492-1497, Duran après 1391 — convergent en un même point géographique, formant la matrice intellectuelle dont sortiront, plusieurs générations plus tard, les manuscrits que la Bodleian conserve aujourd'hui sous Hunt. 161, Hunt. 559 et Opp. 241.
Rubrique consacrée à David ben Abraham Oppenheim (Worms 1664 — Prague 1736), Grand Rabbin de Prague, dont la bibliothèque — la plus grande collection hébraïque privée de l'histoire (~780 manuscrits + ~4 220 imprimés) — est entrée à la Bodleian en 1829, quarante ans avant la vente Isaia Luzzatto. C'est dans cette collection que se trouvent deux des trois témoins oxoniens de la lignée Al-Naqawa étudiés par le Groupe Al'Nkawa : le Menorat ha-Ma'or (Opp. 146, 1441) et le Sha'ar Kevod ha-Shem (Opp. 241).
Ce n'est ni un bibliophile padouan (Almanzi) ni un maskil italien (Reggio) : Oppenheim est un halakhiste-collecteur ashkénaze, dont la bibliothèque, mise à l'abri à Hanovre puis Hambourg pour échapper à la censure jésuite de Prague, sera acquise en bloc par la Bodleian en 1829. Six angles d'analyse — en miroir des taxonomies Almanzi et Reggio (rubrique Au-delà d'Oxford).
Quatre-vingt-treize ans après la mort d'Oppenheim, et après plusieurs tentatives de vente, sa bibliothèque enfin acquise par la Bodleian en 1829 pour 2 000 £ (≈ 9 000 thalers) — bien en dessous de l'estimation. Acquisition décisive pour la Bodleian : c'est la plus grande collection privée hébraïque jamais entrée à Oxford, vingt-quatre ans avant la collection Reggio (1853) et quarante ans avant la vente Isaia Luzzatto (1869).
Là où Almanzi achète, où Reggio collecte pour étudier, Oppenheim utilise son pouvoir rabbinique et financier pour rassembler. Son mariage en 1682 avec la fille du puissant financier de cour Leffmann Behrens lui donne les moyens de collectionner à grande échelle. À mesure qu'il monte en autorité, les livres lui sont aussi offerts comme cadeaux de patronage. Huit canaux d'acquisition documentés — un cas unique d'écosystème de collecte. Ces huit canaux sont mobilisés plus bas pour reconstituer l'entrée des manuscrits Al-Naqawa chez Oppenheim.
Différence structurelle avec les bibliothèques padouanes (Almanzi, Reggio) : la collection Oppenheim est massivement halakhique (responsa, codes, coutumiers) et possède une concentration unique au monde de littérature en yiddish ancien — domaine où elle reste la source de référence pour les études contemporaines. La présence séfarade et maghrébine, bien que minoritaire, est notable.
L'antithèse des collections padouanes : ici, l'Ashkenaz domine sans partage. Mais à la différence des bibliothèques rabbiniques courantes, Oppenheim a su capter aussi des pièces sépharades, maghrébines et orientales par son réseau de patronage. C'est ce trait qui fait entrer chez lui les manuscrits Al-Naqawa — improbables dans une bibliothèque exclusivement ashkénaze.
Une précision souvent demandée : oui, il s'agit bien de David ben Abraham Oppenheim (Oppenheimer), 1664-1736, Grand Rabbin de Prague, dont la collection a donné son nom à la cote MSS. Opp. de la Bodleian — et, par extension, à la cote MSS. Opp. Add. sous laquelle le fonds Luzzatto a été reversé en 1869-1870. La question « a-t-il écrit sur ses manuscrits ? » se dédouble : (1) a-t-il écrit au sujet de ses manuscrits ? (2) a-t-il écrit lui-même des manuscrits qui se trouvent dans sa collection ?
Les ~500 manuscrits Luzzatto cotés Dep. Luzzatto puis MSS. Opp. Add. 4° à la Bodleian sont arrivés bien après la mort d'Oppenheim (1869-1870 vs 1736), et ont été administrativement rattachés à la série Oppenheim. Ils ne contiennent pas d'annotations d'Oppenheim lui-même, sauf coïncidence rare où un manuscrit aurait transité par les deux collections. Pour creuser cette question précise des chevauchements éventuels Oppenheim ↔ Luzzatto, c'est le Supplement de Beit-Arié & May (1994) qui sera le plus précis.
Approfondissement sur le catalogue personnel autographe d'Oppenheim — et sur ce que sa lecture pourrait révéler pour la cartographie des manuscrits Al-Naqawa à Oxford. Découverte décisive : Neubauer 939 = MS. Opp. 241 appartient à la collection Oppenheim originale (1829), pas au fonds Luzzatto (1869). Conséquence : ce manuscrit Al-Naqawa devait figurer dès avant 1736 dans le catalogue personnel MS. Opp. 699.
Un codex catalog que David Oppenheim a tenu de sa main à partir des années 1680, qu'il emportait dans ses voyages comme une « bibliothèque virtuelle de poche » — outil bibliographique sans équivalent à l'époque, et source primaire la plus précieuse pour reconstituer le fonctionnement réel de sa bibliothèque.
Les sources de référence (Neubauer 1886, Jewish Encyclopedia, etc.) attribuent à Ephraïm ben Israël Aln'kaoua de Tlemcen (1359-1442) son Sha'ar Kevod Adonai — réponse à Naḥmanide sur le Guide de Maïmonide. Deux copies manuscrites à la Bodleian :
Le manuscrit Neubauer 939 porte la cote actuelle MS. Opp. 241. Description du codex :
Le grand rabbin de Tlemcen Abraham Bliah avait publié en 1902 le petit traité maïmonidien d'Ephraïm al-Naqawa à partir de ce manuscrit.
La documentation publique permet de conclure avec une quasi-certitude : le manuscrit Neubauer 939 (Sha'ar Kevod Hashem d'Ephraïm Aln'kaoua) appartient à la collection Oppenheim originale — sa cote actuelle MS. Opp. 241 le situe dans le fonds acquis par la Bodleian en 1829, non en 1869-70 par Isaia Luzzatto.
Trois actions concrètes pour passer de la déduction documentaire à la consultation directe :
Seconde identification décisive : la copie Aln'kaoua Neubauer 1258 n'appartient ni à la collection Oppenheim, ni au fonds Luzzatto — elle entre à la Bodleian dès 1693 avec la collection Robert Huntington sous la cote MS. Hunt. 559. Les deux seuls manuscrits Aln'kaoua connus de la Bodleian arrivent donc par deux canaux distincts, tous deux antérieurs à Luzzatto.
Concordance officielle imprimée dans le Catalogue Neubauer 1886, préface, p. xiii (table I, « Old Collection »), ligne :
140 . . . Hunt. 559 . . . . . . 1258
Lecture : ancien n° Uri 140 = cote Bodleian MS. Hunt. 559 = nouveau n° Neubauer 1258.
Table tirée du texte OCR du Catalogue Neubauer hébergé sur Internet Archive.
MS. Huntington 559 est intégralement décrit et numérisé sur Digital Bodleian dans le cadre du Polonsky Foundation Digitization Project (2012-2017). Métadonnées Biblissima :
| Neubauer | Cote actuelle | Collection | Acquisition | Origine | Datation |
|---|---|---|---|---|---|
| 939, item 2 | MS. Opp. 241 | Oppenheim | 1829 | Afrique du Nord | Début XVIe |
| 1258, item 2 | MS. Hunt. 559 | Huntington | 1693 | Espagne (Provence ?) | Fin XVe |
Les deux seuls manuscrits Bodleian d'Aln'kaoua connus à ce jour — les copies du Sha'ar Kevod Adonai — sont arrivés à Oxford avant la vente Luzzatto de 1869-70 :
Aucun des deux n'est un manuscrit Luzzatto. Le rattachement dans le bloc « Fonds Luzzatto à la Bodleian Library » de la section Manuscrits Aln'kaoua (sourcé de Nebot, p. 261-264) est documentairement faux. La mise en garde déjà présente sur le site pour MS Hunt. 268 — « la collection Huntington a été acquise par la Bodleian dès 1693, bien avant Luzzatto » — s'applique mot pour mot à MS Hunt. 559, et de façon analogue à MS Opp. 241.
Plutôt qu'effacer la section Manuscrits Aln'kaoua, la renommer et la recadrer en « Les manuscrits Aln'kaoua conservés à la Bodleian Library — par trois canaux d'acquisition distincts », avec trois blocs :
Ce repositionnement transforme une erreur de provenance en une cartographie scientifique de l'arrivée d'Aln'kaoua à Oxford par plusieurs voies indépendantes — un récit plus riche pour le GMPL : ces textes sont arrivés en Europe par plusieurs canaux successifs sur près de deux siècles avant que le travail de Shadal ne s'y ajoute.
⚠ Les chiffres clés (780 manuscrits, 4 220 imprimés, 2 000 £ en 1829, mise à l'abri à Hanovre) sont attestés par les sources bodléiennes et Teplitsky 2019. La répartition fine par discipline et géographie est extrapolée du profil rabbinique d'Oppenheim et confirmée partiellement par les notices Neubauer.
Aucune source consultée ne donne le mode d'acquisition explicite des deux manuscrits Al-Naqawa de la collection. La reconstitution croise la matérialité de chaque pièce (datation, écriture, possesseurs cités, état) avec les huit canaux d'acquisition d'Oppenheim documentés ci-dessus pour proposer pour chacun la trajectoire la plus probable.
Hypothèse principale : achat sur le marché de Hambourg-Amsterdam. L'indice décisif est le nom du destinataire — Joseph Hayyun correspond très probablement à Joseph ben Abraham Hayyun, l'un des derniers grands rabbins de Lisbonne avant l'expulsion portugaise de 1497. Si l'identification est juste, la trajectoire la plus économique est le passage par les diasporas séfarades occidentales (Amsterdam, Hambourg-Altona) qui aboutissent précisément au carrefour où Oppenheim plaçait sa bibliothèque.
Pourquoi cette voie est plus probable que les autres : (1) Hambourg accueillait une importante communauté séfarade portugaise faisant commerce de livres anciens ; (2) le manuscrit a un possesseur nominal séfarade explicite — il était identifiable et négociable comme une pièce de marché, pas comme une donation gracieuse ; (3) Oppenheim plaçait sa bibliothèque exactement dans ce carrefour. Alternatives moins probables : rachat d'une bibliothèque séfarade entière passée par Allemagne (canal 3) ; don de patronage (peu probable pour un manuscrit séfarade ancien).
Hypothèse principale : canal Jérusalem via philanthropie, ou don de patronage d'un correspondant oriental. Profil radicalement différent de Opp. 146 : ici, deux indices convergent vers une voie orientale. (a) L'écriture orientale indique une production hors Espagne — probablement Maghreb, Égypte, Syrie ou Eretz Yisrael. (b) Le profil composite (extraits aggadiques et halakhiques ajoutés au début) montre que le manuscrit a vécu dans une bibliothèque rabbinique de travail avant d'arriver chez Oppenheim — il a été utilisé, pas simplement acheté pour collection.
Pourquoi ces deux voies sont les plus probables : Oppenheim soutenait les communautés de Terre Sainte (kollelim) et recevait en retour des manuscrits orientaux — le profil oriental complet de Opp. 241 colle parfaitement. Un don de patronage d'un correspondant séfarade ou oriental cherchant son appui est aussi crédible (le caractère « composite/dossier de travail » suggérerait alors un cadeau préparé spécifiquement). Alternative : copie sur commande à un scribe oriental (canal 4) — mais sans signature de scribe attestée pour Oppenheim, hypothèse moins solide.
| Manuscrit | Indice matériel décisif | Canal Oppenheim probable | Trajectoire |
|---|---|---|---|
| Opp. 146 — Menorat | Joseph Hayyun (Lisbonne ?) + écriture séfarade | Achat marché Hambourg | Castille → Lisbonne (Hayyun) → diaspora séfarade occidentale → Hambourg-Amsterdam XVIIIe s. → Oppenheim |
| Opp. 241 — SKH | Écriture orientale + profil composite | Canal Jérusalem ou don oriental | Maghreb/Orient → bibliothèque rabbinique de travail → Jérusalem ou don direct → Oppenheim |
Les deux manuscrits sont entrés chez Oppenheim par des canaux différents, ce qui correspond bien à la diversité des réseaux d'acquisition que sa biographie documente. Aucune des deux entrées n'est documentée explicitement dans les sources accessibles — ce sont des hypothèses argumentées qui demanderaient pour preuve : un dépouillement de la correspondance d'Oppenheim, un examen autoptique des manuscrits (pages de garde, ex-libris, marques de possession, colophons secondaires), une vérification dans le catalogue Schmilauer (post-1736) ou dans le catalogue de vente Hambourg 1826.
Rubrique consacrée à Robert Huntington (1636/7-1701), chaplain des marchands anglais à Alep de 1671 à 1681, dont la collection orientale de ~645 manuscrits — acquise par la Bodleian en 1693 pour £ 752 10s. — contient le MS. Hunt. 559 (= Neubauer 1258), seul témoin oxonien du Sha'ar Kevod Adonai d'Ephraïm Aln'kaoua arrivé à Oxford 176 ans avant Luzzatto.
Un véritable examen folio-par-folio du MS. Hunt. 559 implique de naviguer image par image dans le visualiseur Digital Bodleian — le manuscrit comporte plus de 314 folios, soit environ 600+ images recto-verso. La présente rubrique compile tout ce qui est publiquement documenté sur la structure du manuscrit (synthèse documentaire complète) et propose un protocole opérationnel pour le Groupe Oxford. L'examen visuel proprement dit doit être effectué dans le visualiseur lui-même.
Facsimilé intégral en haute résolution, gratuit, sans inscription. Numérisé dans le cadre du Polonsky Foundation Digitization Project (2012-2017), sous licence CC-BY-NC 4.0 — donc reproductible pour le GMPL avec attribution.
D'après les métadonnées Biblissima (qui agrègent les notices Neubauer, Beit-Arié & May et la description Bodleian moderne) :
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Cote actuelle | MS. Huntington 559 |
| Cote Neubauer 1886 | n° 1258 |
| Nature | Miscellany (recueil composite) |
| Datation | 1476-1500 (fin XVe siècle) |
| Étendue minimale | au moins 314 folios |
| Écriture | séfarade |
| Origine principale | Espagne (variantes proposées : Castille ? Saragosse ?) |
| Origine de la dernière unité | fol. 305-314 : Espagne (Provence ?) — unité codicologique distincte signalée séparément par Bodleian |
| Provenance moderne | Robert Huntington (1637-1701), acquis par la Bodleian en 1693 |
| Item 2 du recueil | Sha'ar Kevod Adonai d'Ephraïm Aln'kaoua (Neubauer 1258,2 ; Jewish Encyclopedia) |
Le fait que fol. 305-314 soient identifiés séparément comme « Espagne (Provence ?) » est codicologiquement significatif. Cela peut signifier :
Trois arguments convergent :
Hypothèse à confirmer par consultation directe — soit dans le visualiseur, soit par demande à César Merchan-Hamann (Hebraica Curator).
Pour éviter toute confusion entre les trois cotes Aln'kaoua oxoniennes, souvent mêlées dans la documentation projet :
| Cote | Auteur | Œuvre |
|---|---|---|
| MS. Hunt. 161 | Israël ben Joseph Aln'kaoua (le père, martyr d'Écija 1391) | Menorat ha-Ma'or — manuscrit unique au monde, base de l'édition Enelow 1929-1932 (Bloch, NY) |
| MS. Hunt. 559 (item 2) | Ephraïm Aln'kaoua (le fils, fondateur de Tlemcen) | Sha'ar Kevod Adonai |
| MS. Opp. 241 (item 2) | Ephraïm Aln'kaoua | Sha'ar Kevod Elohim (autre copie) |
Ces trois cotes corrigent les références « MS 5447 » et « MS Hunt. 268 » mentionnées dans Nebot, Le Manuscrit sacré, p. 261-264, qui sont manifestement erronées. Les cotes correctes sont celles ci-dessus.
Six étapes que Édith Szmuklerz et Pierre Sonigo (Groupe Oxford) peuvent exécuter à distance, sans déplacement à Oxford, pour localiser précisément la section Aln'kaoua dans MS. Hunt. 559.
Formulation de référence à employer dans la section Manuscrits Aln'kaoua révisée :
MS. Hunt. 559 (= Neubauer 1258), item 2 — Ephraïm Aln'kaoua, Sha'ar Kevod Adonai.
Recueil composite séfarade, fin XVe siècle, conservé à la Bodleian Library, Oxford ; entré dans les collections via la donation/vente Huntington de 1693 (donc hors fonds Luzzatto).
314+ folios ; la section Aln'kaoua se trouve probablement dans l'unité finale fol. 305-314, d'origine Espagne/Provence.
Facsimilé intégral en ligne : digital.bodleian.ox.ac.uk/objects/16875d9a-51e7-4946-b1ef-51c37abd9e5a
Quand Shadal meurt en 1865, sa bibliothèque ne va pas en un seul endroit. Elle se disperse en plusieurs lots, en plusieurs ventes, en plusieurs villes. Reconstituer aujourd'hui le Fonds Luzzatto, c'est suivre les fragments d'un même héritage à travers une dizaine d'institutions sur trois continents.
La bibliothèque personnelle de Samuel David Luzzatto (Shadal) constituait à la fin de sa vie un ensemble probablement supérieur à 1 000 manuscrits — accumulés en cinquante ans de correspondance avec les rabbins d'Europe et du Maghreb, et de patientes acquisitions dans les ventes italiennes et allemandes de la première moitié du XIXe siècle.
Mais Shadal vivait du seul revenu de son enseignement au Collegio Rabbinico de Padoue. À sa mort en 1865, sa famille n'a pas les moyens d'entretenir cet ensemble. Son fils Isaia, en l'espace de dix ans environ (1865–1876), procède à plusieurs ventes successives destinées à différentes institutions et collectionneurs européens. À cela s'ajoutent les ventes antérieures que Shadal lui-même avait organisées de son vivant, et celles de son cercle padouan (Reggio, Almanzi).
Le résultat : aujourd'hui, le Fonds Luzzatto est dispersé entre une dizaine d'institutions à travers le monde. Aucun catalogue unifié n'existe. C'est précisément la raison d'être du collectif GMPL : recoller les morceaux.
jtsa.edu.Joseph Almanzi (1801-1860), bibliophile padouan ami intime de Shadal, héritier en partie de la bibliothèque du Hida (Hayim Yosef David Azulai, 1724-1806), avait constitué l'une des plus grandes bibliothèques juives privées du XIXe siècle. À sa mort en 1860, sa famille confie à Shadal lui-même la rédaction du catalogue (Yad Yosef, 1864). Cinq ans plus tard, la collection commence à se disperser. Quatre angles pour la cartographier — en miroir des analyses Luzzatto 1868 et Neubauer 1886.
La collection ne s'est pas dispersée d'un coup ni vers une seule institution. Quatre filières distinctes, étalées sur trente-trois ans, ont chacune emporté un type différent de pièces : la majorité des manuscrits vers Londres, les livres rares imprimés vers New York puis Columbia, quelques pièces à Oxford, le reste sur le marché privé.
La collection couvre l'essentiel des grandes disciplines de la culture livresque juive — typique des bibliothèques padouanes héritières du Hida. Almanzi avait cependant une passion documentée pour la poésie hébraïque andalouse et italienne, ce qui en fait une concentration unique de Divans et de manuscrits poétiques. Estimations à confirmer dans le Yad Yosef.
Comme la bibliothèque de Shadal, la collection Almanzi est massivement italienne, mais avec une vraie ouverture sur les diasporas séfarade post-1492 et orientale. Le Maghreb y est marginalement représenté — point d'asymétrie important pour les manuscrits Aln'kaoua, qui n'y figurent a priori pas.
⚠ La répartition par discipline / géographie / chronologie est extrapolée de ce qu'on sait des grandes bibliothèques juives padouanes du XIXe siècle. Le dépouillement systématique du Yad Yosef reste une priorité du Groupe Oxford.
Isaac Samuel Reggio (1784-1855), dit Yashar (acronyme יש״ר), est un mathématicien, philosophe et exégète biblique italien — l'un des fondateurs du Collegio Rabbinico Italiano de Padoue (1829), où il fait nommer Shadal comme professeur. Fer de lance de la Haskalah italienne. Sa bibliothèque est achetée en bloc par la Bodleian en 1853, du vivant de Reggio — premier canal documenté entre le cercle padouan et Oxford, seize ans avant la grande vente Isaia Luzzatto. Quatre angles pour la cartographier — en miroir des analyses Luzzatto 1868, Neubauer 1886 et Almanzi.
Contrairement à la collection Almanzi (vente post-mortem par la famille) et au Fonds Luzzatto (vente post-mortem par Isaia), Reggio vend lui-même sa bibliothèque à la Bodleian alors qu'il est encore vivant — il a 69 ans, mourra deux ans plus tard à Gorizia. Cette acquisition de ~78 manuscrits en bloc, sous la cote MS. Reggio 1 à 78, marque le premier transfert structuré du Padoue intellectuel vers Oxford.
Reggio n'est pas un bibliophile au sens d'Almanzi (qui collectionnait pour collectionner). C'est d'abord un maskil savant — mathématicien, philosophe, exégète biblique, traducteur de Maïmonide en italien — dont la bibliothèque est avant tout l'outil de travail. Cette différence éclaire le contenu de sa collection : moins encyclopédique qu'Almanzi, plus orientée vers ses propres centres d'intérêt scientifiques et religieux.
Collection encore plus italienne qu'Almanzi — naturel pour un savant ancré à Gorizia (cœur autrichien-italien) puis Padoue. Ouverture limitée vers les autres diasporas. Maghreb quasi absent. Aucune trace identifiée des manuscrits Aln'kaoua, comme pour Almanzi : les deux collections padouanes voisines partagent cet angle mort.
⚠ Le profil thématique présenté ici est extrapolé de ce que l'on sait du parcours intellectuel de Yashar Reggio. La répartition exacte par discipline, datation et provenance des 78 cotes MS. Reggio reste à dépouiller systématiquement dans Neubauer 1886.
Les collections Oppenheim (1829) et Huntington (1693) sont entrées à la Bodleian — donc à Oxford. Leur taxonomie et l'analyse des trajectoires Aln'kaoua sont désormais traitées dans la rubrique consolidée Les manuscrits à Oxford. Cette rubrique Au-delà d'Oxford se concentre désormais sur les institutions hors Bodleian où le Fonds Luzzatto est dispersé.
Le Fonds Luzzatto ne s'est pas éclaté en un instant. C'est un processus en plusieurs étapes, étalé sur près de cinquante ans, qui commence du vivant de Shadal et se prolonge bien après sa mort.
Tout ce qui concerne le fonctionnement du GMPL — les traductions en cours, l'histoire du collectif et de ses sources, le forum d'échange, l'avancée des cinq groupes opérationnels, la charte et l'équipe. Six volets parcourables successivement sur cette page.
Deux approches complémentaires des manuscrits. La traduction IA donne, page par page, le sens général d'un texte — un premier accès rapide. La traduction savante, par des spécialistes de l'hébreu ancien, restitue les nuances, l'appareil critique et la valeur halakhique. La porte d'entrée et le travail de fond.
Une traduction page par page, page après page, donnant le sens général de chaque manuscrit. Relativement rapide à produire — un premier accès, une porte d'entrée vers le contenu des textes.
1Israël ben Joseph Aln'kaoua déclare : que tout lecteur de ce livre sache que mon intention en le composant est d'enseigner au peuple les voies de la sagesse et de la morale.
2Car en notre génération, les épreuves se sont multipliées et les étudiants de la Torah se font rares. C'est pourquoi j'ai jugé bon de composer un livre qui serait comme un chandelier pour éclairer les yeux de ceux qui le liront.
3J'ai divisé le livre en vingt chapitres, et chaque chapitre se subdivise en sept portes, afin qu'il soit facile à mémoriser et à étudier.
4Dans chaque porte, j'ai apporté les paroles de nos Sages — leur souvenir soit en bénédiction — et parfois aussi des paraboles tirées des peuples qui nous environnent, lorsqu'on peut y trouver un enseignement bon à recevoir.
Cette traduction a été produite par un modèle d'IA spécialisé en hébreu rabbinique médiéval. Elle donne le sens général du texte. Pour une étude savante, voir la Partie II ci-dessous.
Une traduction fine, précise et longue, par des spécialistes de l'hébreu ancien — rabbins, philologues, exégètes. Le travail lent qui restitue ce que l'IA ne peut deviner.
1Préambule. Ainsi parle Israël ben Joseph Aln'kaoua¹ : qu'il soit connu de tout lecteur de cet ouvrage que mon intention, en le composant, est d'enseigner à la communauté² les voies de la sagesse (ḥokhmah) et celles de la morale (musar).
2Car en cette génération qui est la nôtre³, les épreuves se sont multipliées et ceux qui étudient la Torah se sont raréfiés. C'est la raison pour laquelle j'ai estimé devoir composer un livre qui serait comme un chandelier (menorah)⁴ destiné à éclairer les yeux de ses lecteurs.
Comment ces manuscrits, écrits au Moyen Âge dans tout le monde juif, sont parvenus jusqu'à Padoue, puis se sont dispersés en 1869, et nous arrivent aujourd'hui.
Une recherche minutieuse a montré que des manuscrits issus du Fonds Luzzatto sont aujourd'hui dispersés dans au moins quatorze institutions à travers le monde. Le GMPL prend contact avec chacune d'entre elles.
Fac-similés numériques, folios, reliures, enluminures, sceaux et marques de provenance — une mémoire visuelle des manuscrits.
L'espace d'échange des membres du GMPL : questions philologiques, demandes d'aide à la traduction, retours d'archives, partage de découvertes.
Cinq groupes opérationnels, une coordination provisoire, un calendrier. La transparence est notre engagement : chacun peut suivre où nous en sommes.
Vue synthétique de l'organisation et de l'avancement de chacun des cinq groupes opérationnels, plus la coordination provisoire. Chaque chantier progresse à son rythme — voici où nous en sommes au 29 mars 2026.
À l'origine du collectif, un courriel d'Alfred (Fred) Enkaoua adressé à Didier Nebot le 27 août 2025. Le récit familial qui a déclenché la quête : la transmission des manuscrits du Rab de Tlemcen de père en fils depuis le XVe siècle, leur dépôt à la Bodleian d'Oxford dans les années 1860, et le voyage de Shemouel Sultan en 1895 pour les retranscrire. C'est de cette lettre qu'est née la vision du collectif.
Abraham ENKAOUA grand rabbin Dayan de MASCARA est né à SALÉ au Maroc en 1812. Il est le fils de Mordehaï ENCAOUA, rabbin né à SALÉ vers 1779 décédé en 1840 à RABAT au Maroc. Ce dernier est le fils de Moshé ANKAOUA né dans les années 1750 probablement à ALGER.
La descendance du Rab Ephraïm ENKAOUA (1359-1442) ne s'est pas faite à TLEMCEN mais à ALGER. En effet ses 2 fils :
— ISRAËL épousa la fille du RIBASH d'ALGER (Isaac bar Sheshet Barfat 1326-1408),
— YEHUDA épousa la fille du RACHBATS d'ALGER (Simon Bar Semah Duran 1361-1444).
Les 3 sommités rabbiniques venues d'Espagne et des îles Baléares — Ephraïm ENKAOUA, le RIBASH et le RACHBATS — ont façonné tout le judaïsme nord-africain dès la fin du 14e siècle.
YEHUDA, avant de rejoindre ALGER, vécut à TLEMCEN et MOSTAGANEM. Il eut un fils qu'il prénomma EPHRAÏM. Il est l'auteur du livre YAKHIN OUBOAZ.
Je pense qu'en ma qualité d'EPHRAÏM ENKAOUA je descendrais de lui à la 24ème ou 25ème génération.
Vers la fin du 17e siècle, une partie des ENKAOUA, ANKAOUA, ANCAOUA, ENCAOUA, N'KAOUA, etc. s'est exilée — en partie au Maroc, une autre à ORAN, une autre à MILIANA et dans d'autres contrées, puisqu'on en trouve en ISRAËL sous le nom de ELNECAVE, ou encore en TURQUIE.
Donc ABRAHAM ENKAOUA, cité plus haut, en sa qualité de Dayan, Grand Rabbin de MASCARA, va venir en 1850 à TLEMCEN. Il va constater la décrépitude de la communauté juive de la ville par suite de persécutions. Il faut remarquer que l'antisémitisme est fort en ALGÉRIE de cette époque car, avec l'arrivée de la France en 1830, les juifs sont les égaux des arabes et sortent de la situation de dhimmis.
Aucun membre de la grande famille ENKAOUA ne réside dans ce lieu à cette époque. Cependant le souvenir du RAB DE TLEMCEN est toujours aussi vivace et les pèlerinages sur sa tombe restent nombreux, surtout en période de Lag Baomer.
ABRAHAM ENKAOUA va ouvrir une yeshiva (école talmudique) et eut comme élève le rabbin HAÏM BLIAH (1832-1919). En sa qualité de Rosh Yeshiva et surtout de ENKAOUA, il va transmettre à ses élèves l'enseignement de EPHRAÏM ENKAOUA et de son œuvre CHAAR KAVOD HASHEM. Depuis le 15e siècle, la famille ENKAOUA se transmet de père en fils les manuscrits de ISRAËL et EPHRAÏM, et certainement YEHUDA. ABRAHAM fut grand rabbin à Salé, Mascara, Tunis et Livourne. Il en est certainement le détenteur.
Selon ce que nous pensons, par pure sécurité, c'est lui qui aurait transmis les manuscrits au descendant de rabbi HAÏM LUZZATTO de Padoue en Italie (1707-1746), surnommé le RAMHAL. Les temps dans ces années-là étaient très instables, voire dangereux pour les juifs dans cette Algérie naissante sous la houlette de la France depuis 1830.
Ces manuscrits auraient par la suite été déposés à la Bodléienne, bibliothèque d'Oxford, dans les années 1860.
Après le départ de Tlemcen d'Abraham ENKAOUA, son élève Haïm BLIAH va prendre sa suite au sein de la Yeshiva. Dès 1868 il devient Dayan de la ville de Tlemcen et tout naturellement va poursuivre les enseignements de Ephraïm ENKAOUA. Il expose que malheureusement les écrits du Rab ne sont plus en possession de la communauté juive, mais en lieu sûr à OXFORD. Il souhaiterait les récupérer. Il questionne ses élèves. Mon arrière-grand-père maternel Shemouel SULTAN, né le 27/07/1864 à Tlemcen, se propose d'aller à OXFORD pour les récupérer. Devant l'interrogation perplexe de son maître, il indique que son neveu, parfumeur à Paris, pourrait l'accompagner de Marseille à Oxford en Angleterre. C'est ce qu'il fait vers 1895.
Il va prendre un train de Tlemcen à Oran, distant de 170 km. Il prend ainsi un bateau jusqu'à Marseille. À sa descente, son neveu l'attend. Il lui dit : « Tonton, il n'est pas question que tu traverses la France en tenue d'arabe ! » Il le mène alors chez un tailleur qui va l'habiller de pied en cap à la française. Et c'est ainsi qu'ils voyagent jusqu'à Calais où ils prennent un bateau pour l'Angleterre. Arrivés à Oxford, Shemouel SULTAN réclame les écrits du Rab et on les lui confie en ne l'autorisant qu'à les retranscrire et non les récupérer. Il va ainsi écrire les 49 pages du manuscrit.
De retour à Tlemcen, mon arrière-grand-père fut la risée de ses copains qui lui disaient, moitié arabe-moitié français : « Shemouel, t'es parti en arabe et tu reviens en français !!! »
En 1983, à ma demande, une copie des manuscrits m'a été envoyée à mon domicile, simplement, sans aucun coût.
Haïm BLIAH va ainsi recevoir de son élève cette transcription des écrits du Rab et va publier son livre en 1902 sous le titre de SHAAR KEVOD HASHEM.
C'est ce livre qui fera toute la renommée de son auteur Haïm Bliah à Tlemcen et dans toute l'Afrique du Nord.
Voilà mon cher Didier ce que je sais de cette période et mon humble témoignage.
Bonne réception
Chaque groupe avance, vérifie, recoupe. Voici les premiers résultats consolidés à mars 2026 — ce que les sources nous disent, et ce qu'elles ne disent pas. Deux découvertes majeures émergent du travail des groupes Luzzatto et Oxford ; elles bousculent l'hypothèse initiale et orientent les recherches à venir.
Le dépouillement du catalogue de vente Joseph Luzzatto (1868) — l'inventaire des manuscrits hébreux de la collection padouane mis en vente l'année précédant la dispersion — révèle l'absence totale de manuscrits attribués à la famille Encaoua / Aln'kaoua dans la collection de la famille Luzzatto.
Ce résultat est inattendu au regard de l'hypothèse initiale, qui supposait que les manuscrits du Rab de Tlemcen, transmis par Abraham Enkaoua au descendant de Haïm Luzzatto, avaient transité par la collection familiale Luzzatto avant d'être déposés à Oxford.
Conséquence : l'une des pistes envisagées se referme, et la recherche s'oriente désormais vers d'autres provenances et d'autres canaux d'acquisition. Le travail de cartographie comparée se poursuit avec le catalogue Almanzi de Shadal (1864), second pilier des collections padouanes.
L'analyse de la préface du catalogue Neubauer de la Bodleian (1886) — qui répartit l'ensemble des manuscrits hébreux de la bibliothèque par collection d'acquisition — permet de localiser précisément trois manuscrits liés à nos ancêtres et de remonter à leurs canaux d'entrée.
Deux manuscrits de Rav Ephraïm, aux cotes MS Opp. 241 et MS Hunt. 559. Références Neubauer respectives : 939-2 et 1258-2. Le suffixe « -2 » indique qu'il s'agit de manuscrits composites contenant plusieurs œuvres ; celle de notre ancêtre y figure en deuxième position. Les descriptions complètes se trouvent aux pages 203 et 442 du catalogue.
Un manuscrit de Rav Israël, מנורת המאור (Menorat Hamaor) — apparemment l'unique exemplaire conservé à la Bodleian. Référence Neubauer 1312, cote originale Opp. 146 (description p. 461 du catalogue).
Le GMPL — Gardiens de la Mémoire du Peuple du Livre — est un collectif provisoire né en 2026, en voie de structuration en fondation. Voici notre charte, nos statuts et notre gouvernance.
Détenir et mettre en sécurité, en vue de restitution aux ayants droits, tous biens, documents, reliques récupérés par le GMPL, ainsi que recevoir des dons ou legs en numéraire ou en nature.
Gérer ou céder les biens qui ne peuvent être restitués et redistribuer les profits éventuels aux œuvres de bienfaisance des rabbins dans le besoin ou des étudiants en études rabbiniques, afin de contribuer à la transmission du judaïsme dans le monde.
Rechercher leurs enseignements cachés et les transmettre aux générations futures. Faire un trait d'union avec ce XIXᵉ siècle d'émancipation lancé courageusement par Samuel David Luzzatto.
La fondation est dirigée par un conseil d'administration composé de 9 membres représentant la diversité des parties prenantes. Les décisions sont prises de manière collégiale et transparente.
Devenir une référence mondiale de la recherche d'éléments perdus de l'histoire, de la culture et des traditions du Peuple du Livre. Faire profiter des fruits de ces recherches les rabbins dans le besoin, pour leur permettre de continuer à transmettre ces valeurs.
« Les voix de ses ancêtres veillent toujours, et celles qui semblaient perdues, mortes, oubliées se font à nouveau entendre à travers ces manuscrits. »